(BFM Bourse) - La société a renoncé à racheter Warner Bros, considérant que s'aligner sur l'offre de Paramount Skydance ne créait plus de conditions favorables pour ses actionnaires. Wall Street, qui ne voyait pas d'un bon œil cette acquisition, est soulagée.
Netflix gagne en perdant. Le spécialiste des services de vidéos en streaming a jeté l'éponge en abandonnant le rachat de Warner Bros Discovery, propriétaire des studios Warner ("Batman", "Harry Potter", "Game of Thrones"), de la plateforme HBO Max et de plusieurs activités de télévision linéaire (CNN, TNT Sports, Discovery).
Netflix était en concurrence avec Paramount Skydance, le propriétaire des licences "Mission impossible" ou "Transformers". Ce dernier convoitait activement Warner sans avoir ses faveurs pour autant, le conseil d'administration lui préférant le groupe de streaming.
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La vapeur s'est toutefois renversée cette semaine. Paramount a relevé son offre à 31 dollars par action, ce qui a poussé Warner Bros à reconnaître que cette proposition était "supérieure" à celle de Netflix. Le groupe de streaming proposait 27,75 dollars par action mais en excluant les activités de télévision linéaire.
Netflix avait quatre jours pour réviser sa copie et proposer une offre égale ou supérieure à celle de Paramount.
Une "épée de Damoclès" en moins
Ce ne sera donc pas le cas. Dans un communiqué publié jeudi soir, Netflix a indiqué qu'il ne comptait pas renchérir.
"Nous avons toujours fait preuve de discipline, et au prix requis pour égaler la dernière offre de Paramount Skydance, l'accord n'est plus financièrement intéressant. Nous refusons donc d'égaler l'offre de Paramount Skydance", ont expliqué Ted Sarandos et Greg Peters, les deux co-directeurs généraux de la société.
Lot de consolation pour Netflix: l'offre de Paramount inclut des compensations de désistement ("break-up fees") de 2,8 milliards de dollars qui lui seront versées pour mettre fin à l'accord de rachat qu'avait noué le groupe avec Warner Bros.
À Wall Street, l'action Netflix s'envole, prenant 7,5% en préouverture. Le marché a toujours regardé d'un mauvais œil le rapprochement entre avec Warner Bros. Depuis que les premières informations de presse, vers septembre, autour d'un rachat ont circulé, l'action a perdu environ 40%.
Outre les risques d'intégrations et réglementaires, le marché a redouté que la société surpaye cette acquisition voire se lance dans une course aux enchères.
Matt Britzman, analyste chez Hargreaves Lansdown cité par The Guardian, cette décision retire "une épée de Damoclès" chez Hargreaves Lansdown.
Reprise des rachats d'actions
"L'offre semblait toujours être un mélange de logique offensive et de défensive : renforcer le contenu et la taille tout en empêchant la concurrence de prendre l'avantage, mais à un prix très élevé", développe-t-il
"Ce risque étant désormais écarté, les investisseurs sont libres de se recentrer sur les principaux atouts de Netflix : pouvoir de fixation des prix, marges et exécution. Pour l'instant, du moins, le marché semble considérer cela comme une victoire pour tout le monde", ajoute l'analyste.
Morningstar estimait en janvier que l'acquisition de Warner par Netflix pour 27,75 dollars par action pourrait "légèrement nuire à la valeur" en Bourse du groupe de streaming.
Si bien que "Netflix et le conseil d'administration de Warner Bros Discovery ont enfin pris la bonne décision", juge, ce vendredi Morningstar.
Netflix a par ailleurs prévenu qu'à l'issue de cette course perdue, le groupe reprendrait ses rachats d'actions, qui avaient été précédemment suspendus.
"Nous pensons que ces rachats constitueront l'utilisation principale des liquidités libérées", ont écrit les analystes de Raymond James dans une note de recherche citée par Bloomberg. "Mais maintenant que la société a pris goût au paysage des fusions-acquisitions, nous ne pouvons exclure d'autres options", ajoutent-ils.
Quelques inconvénients
"En se retirant de l'enchère de Warner, Netflix dispose désormais de 2,8 milliards de dollars de liquidités, d'une dette nettement réduite, d'un programme de rachat d'actions, d'une rentabilité sur capitaux investis plus élevée et d'opérations simplifiées. Les investisseurs soutiendront avec enthousiasme la stratégie de croissance qu'ils connaissent et apprécient", juge de son côté Wolfe Research, cité par CNBC.
KeyBanc se montre plus nuancé. "Bien que nous soyons encouragés par la décision de ne pas se lancer dans une guerre d'enchères, nous pensons que cela fait également peser à nouveau la charge sur les dépenses de Netflix en matière de contenu (qu'il s'agisse de productions originales ou d'événements en direct) pour stimuler l'audience et la monétisation", prévient la banque, également citée par CNBC.
En ce sens, l'acquisition de Warner Bros. avait l'avantage de procurer au groupe un catalogue de licences qui en aurait fait un acteur inégalé du streaming.
"La création d'une franchise comme 'Harry Potter' nécessite beaucoup de temps et d'investissements. L'achat d'une telle franchise permettrait un engagement immédiat et peu risqué, et offrirait un potentiel de croissance important grâce à des reboots, des préquelles ou d'autres extensions de la franchise" soulignait l'an passé Bank of America.
Cela ne se limitait évidemment pas à la franchise "Harry Potter". "L'acquisition de DC Comics, 'Harry Potter', Hanna-Barbera et d'autres propriétés de la bibliothèque Warner Bros. Discovery permettrait à Netflix de disposer d'un ensemble complet de propriétés intellectuelles bien connues. En outre, cette acquisition apporterait à Netflix une capacité de production physique et un prestige qui pourraient l'aider à attirer des talents d'un autre niveau" développait encore l'établissement.
"Si Netflix acquiert Warner Bros, la guerre du streaming sera bel et bien terminée. Netflix deviendrait alors la puissance mondiale incontestée d'Hollywood, dépassant même sa position déjà très élevée", concluait Bank of America
